01.10.2009
Abandonnés à la violence
En France, beaucoup de gays et lesbiennes dits. "de banlieues", sont souvent dans le déni, la schizophrénie, la paranoïa, la dissimulation, ou subissent injures, menaces et violences.
Par peur du rejet, de la stigmatisation et des violences, ils cachent le plus souvent leur homosexualité ou subissent, si leur orientation sexuelle est connue ou seulement soupçonnée, des brimades, au mieux, des violences, au pire.
Dans deux livres qui viennent de paraître, ce sujet peu connu du fait du tabou qui pèse encore pour celles et ceux qui le vivent ou l'ont vécu, est dépeint de manière juste et terrifiant.
Et cette justesse effrayante souligne l'écart entre les avancées institutionnelles, juridiques, collectives et sociales de l'homosexualité en France et la réalité quotidienne très dure vécues par celles et ceux pour qui ces mêmes avancées ne concernent que les autres.
Dans le livre Un homo dans la cité, Brahim Naït-Balk revient sur son parcours, la descente aux enfers puis la libération d'un homosexuel de culture maghrébine.
Brahim Naït-Balk a grandi dans la honte, honte de lui-même, honte de ses désirs et honte d'une différence qui l'isolait dans sa propre famille.
D'origine marocaine, la famille de Brahim s'installe à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis dans les années 80.
Arrivé dans la cité des 3000, à 22 ans, c'est par le foot que Brahim entend se fondre dans le lot commun d'un jeune garçon des cités, espérant par mimétisme que son homosexualité demeure secrète.
Il explique le 29 septembre, dans une très belle interview sur France Info, "Je n'aimais pas trop le foot, mais sans foot, dans la cité on est rien".
Il poursuit "J'étais différent des autres. Pas efféminé, mais différent. Toujours propre sur moi. Je n'étais pas la caricature du mâle footeux" et la rumeur commence à courir et arrivent brimades, insultes avant violences, viols répétés qu'il ressent comme un châtiment de sa propre identité sexuelle.
Il explique avec pudeur "A l'époque, je me disais, je ne suis qu'un sale pédé. Et maintenant je me demande comment j'ai pu me laisser faire".
La (re)naissance de Brahim interviendra à ses 30 ans après son coming out mais plus encore quand il a fui cette cité.
Son père lui a envoyé un texto dans lequel il lui disait "tu n'es plus mon fils".
Aujourd'hui, à 45 ans, il anime une émission de radio sur l'homosexualité et il entraîne l'équipe du Paris Football Gay.
Brahim n'est jamais retourné à Aulnay-sous-Bois.
Brahim n'est pas retourné dans sa cité, mais est-ce possible aujourd'hui?
Non, dit Farida, travailleuse sociale dans les cités, qui expliquait elle aussi à France Info qu'elle tait sa propre homosexualité.
Elle déclare qu’il n'y a pas d'alternative, soit on nie son homosexualité, soit on doit quitter la cité ou mener une double vie.
Elle estime même qu'on assiste à un repli communautaire et que la situation empire.
Ce témoignage n'est pas unique.
Dans le livre Homo-ghetto. Gays et lesbiennes dans les cités : les clandestins de la République, Franck Chaumont raconte "Ils s'appellent Nadir, Sébastien, Dialo, Nadia... Ils sont blacks, blancs ou beurs. Certains rasent les murs, le regard fuyant. D'autres se la jouent viril et vont même jusqu'à casser du pédé à l'occasion. Mais tous ont en commun le mensonge et la schizophrénie liés à leur double vie et à la peur d'être démasqués".
Pour obtenir leurs témoignages, il a fallu deux années d'enquête à Franck Chaumont.
Deux ans de rendez-vous manqués, de téléphone raccroché au nez, d'attentes vaines dans des bars ou des gares... "Car, en parlant, ils risquaient tout. Leur honneur, bien sûr. Mais aussi leur vie" dit-il.
A travers la question de l'homosexualité, le livre de Pascal Chaumont dresse un portrait terrifiant de nos banlieues gangrenées par la misère sociale, éducative, affective et sexuelle.
Et la difficulté réside bien là pour "ces clandestins de la République", ces victimes fantômes pour qui les associations, les chercheurs, peinent à dresser des études sociologiques.
Pascal Chaumont s’en prend très justement aux politiques, mais aussi à ce qu'il nomme les "notabilités homosexuelles dans les centres-villes" qu'il désigne pour co-responsables de cet "abandon" des homosexuel(le)s des cités.
Et cela ne se passe pas dans un autre pays, mais bien en France, le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
Encore un long combat est à mener par chacun d’entre-nous, au quotidien pour que soit acceptée la différence, toutes les différences ethniques, culturelles, religieuses et sexuelles.
- Un homo dans la cité, par Brahim Naït-Balk, Éditions Calmann-Lévy.
- Homo-ghetto. (Gays et lesbiennes dans les cités : les clandestins de la République), par Franck Chaumont, Éditions Le Cherche-Midi.
Seigneur, n’abandonne pas les oubliés.
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02.09.2009
Tu n’aimeras point
En France, aujourd’hui sort dans les salles le film Eyes Wide Open (Tu n’aimeras point) du metteur en scène israélien Haim Tabakman.
Ce film raconte l’histoire d’amour de deux hommes juifs au sein de la communauté ultra-orthodoxe de Jérusalem, avec les souffrances, le rejet et les choix que cela va entrainer.


Cette histoire entre Aaron et Ezri nous renvoie au Sefer Hamizvot, "Livre des Prescriptions" rédigé au XIIe siècle par Moïse Maïmonide.
Ce recueil est un ensemble de sentences trouvées dans la Torah et qui totalise les 613 mitzvot.
Le film évoque plusieurs de ces mitzvot :
Sur l’Amour, on y voit la mitzva 13, "aimer les autres Juifs".
L’amour est la force la plus puissante du monde.
Mais parler d’amour peut être trompeur. L’amour est intangible, insaisissable.
La foi en D.ieu et l’amour sont intimement liés.
La possibilité de croire en D.ieu et celle d’aimer viennent d’une même source.
Quelqu’un qui ne croit pas en l’amour peut en parler comme d’une fantaisie, de même quelqu’un qui n’a jamais vécu le sentiment religieux peut penser qu’il s’agit d’une fable de l’esprit.
De même qu’un sentiment religieux très intense, l’amour a la capacité de nous faire réaliser des choses extrêmes.
Les personnages du film éprouvent une vraie souffrance face à l’amour.
Aaron car il délaisse sa femme Rivka et s’en veut, Ezri parce que ceux dont il tombe amoureux, ne peuvent pas partager leur vie avec lui.
Pour l’un comme pour l’autre, la relation à D.ieu a commencé lorsqu’ils étaient très jeunes, elle fait partie d’eux comme leur désir amoureux. Ils ne peuvent s’en séparer sans souffrir.
Sur la femme et le mariage, on y voit la mitzva 133, "Il ne sera jamais permis à l’homme de divorcer de sa femme".
Dans la communauté juive, la femme a le rôle central, le plus important.
C’est elle qui maintient la famille unie, et veille sur tout le monde. Aucun homme n’est complet sans une femme. Si la mère est juive, indépendamment du père, l’enfant sera lui aussi juif.
Aaron et Rivka, sa femme sont unis pour la vie. Ils sont conscients des concessions qu’ils réalisent et de la souffrance qu’ils éprouvent.
L’amour entre Aaron est sa femme est totalement différent de celui qu’il éprouve pour Ezri.
Le mariage est un engagement profond en dehors de la dimension érotique.
Riva ne panique pas. C’est très douloureux pour elle mais elle sait au fond qu’Aaron ne peut pas la quitter. Elle sait qu’Aaron est autant victime de la situation qu’elle. Ils perdent tous les deux mais de façon différente.
C’est aussi ça vivre conformément aux règles de la communauté, il y a une raison à toutes les souffrances. C’est cela qui donne la force de surmonter la situation.
Sur l’homosexualité, on voit la mitzva 157, "Ne pas avoir de relations homosexuelles".
Dans le monde juif ultra-orthodoxe, l’homosexualité n’existe pas. Elle n’est pas reconnue comme étant une possibilité.
Une aventure sexuelle peut être pardonnée. Il est possible de revenir en arrière, de se repentir.
Dans le Talmud, il est écrit que les fils d’Israël ne sont pas soupçonnés de dormir avec d’autres hommes.
On peut faire des choses sous l’emprise d'un trouble psychologique temporaire, ou parce que "les forces du Mal" ont envahi notre esprit, mais cela ne fait pas partie de l’essence de l’homme.
Chez les orthodoxes les règles strictes donnent sens à la vie. Quand on a grandi dans ce cadre et que l’on se retrouve en dehors parce que l’on est homosexuel, cela crée une grande souffrance, on perd le sens de la vie.
Sur la viande, la chair, le corps, on y voit la mitzva 188, "Ne pas manger la viande d’un animal qui n’a pas été tué par abattage rituel".
Aaron et Ezri sont bouchers.
Le rôle du boucher est de rendre quelque chose d’impur, la viande, sacré. C’est un métier qui traite avec la chair. La façon de couper la viande est assez violente, c’est assez proche de la façon dont Aaron coupe ses propres sentiments, ses désirs.
Cela vient du fait que la religion ne reconnait pas les besoins de la chair. La seule chose permise est de satisfaire sa femme.
Dans le Talmud, il y a un passage qui indique que la personne qui ne peut pas contrôler ses désirs, doit aller dans une ville étrangère, faire ce qu’il a à faire et revenir ensuite dans sa ville, purifié.
Aaron est incapable de gérer son rapport à la chair. Cela est très bien montré dans la scène où il porte un demi-bœuf avec Ezri.
La viande est trop lourde pour être portée par un seul. Mais elle ne sera porté qu’un moment jusqu’à la chambre froide. C’est une option qui n’en est pas une. Le conflit est trop lourd.
Sur la religion, la communauté et la ségrégation, on y voit la mitzva 326, "Éloigner les gens impurs du Temple".
D’une part les membres de la communauté ont un regard sévère et constant sur les autres, d’autre part toute la force de la communauté repose sur le sentiment de pureté, de solidarité et sur la possibilité d’être à l’abri des excès du monde moderne.
Dans la communauté orthodoxe, la volonté d’éviter la sécularisation a amené à l’extrémisme inverse, L’espace devient clos, presque claustrophobe.
La réaction à l’évolution cohabite avec la préservation de quelque chose de très humain et très noble, le souci de l’autre.
Ce sont les deux faces d’une société dans laquelle on n’est jamais seul, tout en pouvant l’être profondément.
Aaron va persister dans sa voie individuelle, il ne tient pas compte des avertissements de la communauté. C’est là que commencent ses problèmes.
Au début, il ne réfléchit pas, il laisse les choses se passer.
Malheureusement les Juifs ultra-orthodoxes ne vont pas au cinéma et ne verront donc pas ce film.
Seigneur, fais que soit reconnu l’Amour.
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23.07.2009
Re-vivre
En France, la chaine de télévision Arte diffuse ce soir jeudi 23 juillet et demain vendredi 24 juillet 2009, un téléfilm en deux parties, Revivre, nous racontant une histoire se passant entre l’Europe, l’Afrique du Nord et la Palestine, en 1947 avant la naissance de l’État d’Israël.
C’est l’histoire du retour en Terre Promise de Juifs de la diaspora rêvant d’une terre enfin à eux.
En Pologne, Léa Goldenberg, juive rescapée d’un camp d’extermination a été contrainte par les SS, à assister à l’exécution de son jeune fils.
Elle a perdu la trace de sa fille Hannah et quand elle retrouve sa maison, ses anciens domestiques qui l’occupent l’en chassent. Elle décide de partir pour la Palestine.
En France, Antoine, un catholique de Caen qui a perdu sa femme et sa fille dans un bombardement allemand, se retrouve seul avec Marc, le fils d’un ami juif assassiné par les nazis. Il décide d’emmener Marc en Palestine.
Et c’est aussi une histoire vraie, celle d’Ashriel Bouzaglo, le père du réalisateur de ce téléfilm, Haim Bouzaglo.
Ce petit Juif marocain vit à Casablanca, et il n’est ni persécuté, ni pauvre.
Il décide pourtant de tout quitter et de partir avec sa sœur et tous ses amis, vers la Palestine.
Dov, un agent de la Haganah les a en effet convaincu que bientôt, il y aurait un État juif et que l’antique promesse de retour à Jérusalem serait tenue.
Ils partent en camion jusqu’à une plage d’Algérie où le Yehuda Halevi, un vieux cargo espagnol, loué à prix d’or par l’Agence Juive, va les conduire en France jusqu’à un petit port, Port-de-Bouc.
Là les attendent les rescapés des camps de la mort, venus de toute l'Europe.
Tous ces survivants vont partir et essayer de débarquer en Eretz Israël alors que la Royal Navy contrôle toute la Méditerranée et empêche tout navire d’approcher des côtes de Palestine.
On voit également dans ce film les dockers communistes, qui bloquent les ports français, s’incliner devant tant de détresse, ne pas obéir aux consignes et participer au chargement des soutes pour que le bateau clandestin puisse lever l’ancre.
On y voit des Séfarades bruyants mais magnifiés par leur foi inébranlable, des Ashkénazes pétrifiés de douleur après la Shoah.
Ils apprendront à surmonter les obstacles ensemble et à dépasser leurs différences.
C’est Bernard Campan qui joue toute en finesse, le rôle d’Antoine qui se révèle être un Juste.
A ses cotés on trouve Nadia Farès, Sara Forestier, Murray Head, Marie-France Pisier, Jocelyn Quivrin, Marc Rouchman, David Sarfati, Clément Sibony et de nombreux acteurs israéliens.
Cette réalisation a représenté un budget très important que la productrice, Nelly Kafsky a réussi à faire financer par Arte, FR3, la Première chaine israélienne et la Fondation pour la mémoire de la Shoah.
Elle a confié "Ces proscrits ont été mes proches, ma famille et mes amis. J’ai toujours eu envie de leur rendre hommage sans savoir comment. La rencontre avec Haim Bouzaglo, m’a décidée".
La vérité historique a été scrupuleusement respectée.

La Palestine y est montrée telle qu’elle était, une étendue en friche faite de collines arides et caillouteuses. Tout était à faire pour que l’État qui allait naitre soit un pays où coulent le lait et le miel.
Ce téléfilm, rappelle l’épisode de l’Exodus 1947, bateau qui transporta en juillet 1947, 4 500 immigrants juifs de Sète en France vers la Palestine et dont l’aventure débouchera sur la création de l’État d’Israël.
Dans cette immense Alyah, tous ces persécutés et ces errants de toujours, pleins d’espoir, veulent enfin connaitre la terre donnée par Hashem, une terre de paix et de prospérité.
L’avenir montrera vite qu’un tel rêve sera difficile à réaliser.
Le tournage du téléfilm : http://www.youtube.com/watch?v=WJ2J_zu566s
Seigneur, que tous les persécutés puissent trouver une terre de paix.
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13.06.2009
Sur le foyer
Aujourd’hui, jour de Shabbat, je voudrai vous faire entendre cette jolie chanson en yiddish, Oifen Pripitchik, chantée par la chorale M-Generation.
Oyfn pripetshik brent a fayerl,
Un in shtub iz heys,
Un der rebe lernt kleyne kinderlekh
Dem alef-beyz.
Refrain:
Zet zhe, kinderlekh, gedenkt zhe, tayere,
Vos ir lernt do,
Zogt zhe nokh a mol un take nokh a mol:
Komets-alef: o!
Lernt, kinder, mit groys kheyshek,
Azoy zog ikh aykh on,
Ver s’vet gikher fun aykh kenen ivre,
Der bakumt a fon.
Az ir vet, kinder, elter vern,
Vet ir aleyn farshteyn,
Vifl in di oysyes lign trern,
Un vi fil geveyn.
Az ir vet, kinder, dem goles shlepn,
Oysgemutshet zayn,
Zolt ir fun di oysyes koyekh shepn,
Kukt in zey arayn!
Sur le foyer un petit feu brûle,
Et il fait chaud dans la maison,
Et le rabbin enseigne aux petits enfants
L'alphabet.
Refrain :
Voyez maintenant les enfants, rappelez-vous chers enfants,
Ce que vous avez appris ici,
Répétez-le encore et encore :
Aleph avec le kametz c’est "o".
Étudiez, enfants, avec grand intérêt,
C’est ce que je vous dis,
Celui qui sait ses leçons en premier,
Obtiendra une bannière pour un prix.
Quand vous vieillissez, les enfants,
Vous comprendrez que cet alphabet
Contient les larmes,
Et les pleurs de notre peuple.
Quand vous serez las, les enfants,
Et fatigués par l’exil,
Vous trouverez le réconfort,
Et la force dans cet alphabet juif.
Écoutons et chantons : http://www.youtube.com/watch?v=cIRQInmrlEo&feature=related
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25.05.2009
Amour juif orthodoxe
En France, au 62e Festival de Cannes, un premier film israélien remarquablement mis en scène par Haim Tabakman, Eyes wide open, (titre original : Einaym Pkuhot), qui aborde le sujet tabou de l'homosexualité dans la communauté juive orthodoxe, a été découvert, avant sa sortie en salles en France prévue pour l'automne 2009.
Dans Eyes wide open, Aaron, joué par Zohar Strauss, est un boucher respecté de la communauté orthodoxe de Jérusalem, un "juste", marié et père de quatre enfants.
Peu après la mort de son père, il rencontre Ezri, interprété par le célèbre acteur israélien Ran Danker, un jeune homme échoué à Jérusalem.
Ezri veut étudier. Il n'a ni toit, ni famille. Il est beau. On devine qu'il est venu là pour retrouver un homme qu'il a aimé mais qui le rejette.
Aaron accepte de l'employer dans sa boucherie et de l'héberger dans la réserve, à l'étage.
Petit à petit, les deux hommes s'éprennent l'un de l'autre. Et s'aiment.
Cela malgré la réprobation croissante du quartier.
Haim Tabakman souligne que "Les Juifs orthodoxes ne disent même pas que l'homosexualité est mauvaise, ils considèrent qu'elle n'existe pas".
Il ajoute "Ils dénient votre essence, votre identité, votre capacité à aimer quelqu'un".
Aaron se trouve donc déchiré.
Le réalisateur Haim Tabakman dit "Les mêmes règles qui lui interdisent d'être authentiquement lui-même sont celles qui font sens à sa vie en tant que personne profondément religieuse".
Ce long métrage est adapté d'une "tragédie", écrite par le scénariste Merav Doster, il y a sept ans.
Haim Tabakman montre l'attraction d'abord réprimée d'Aaron pour Ezri.
Convaincu de l'importance "de l'usage de l'espace" dans l'image, le cinéaste laisse d'abord les personnages à distance, séparés par le comptoir de la boucherie comme une barrière invisible.
Puis, hors de Jérusalem, loin de l'étouffement du quartier de Mea Sharim, les deux hommes s'assoient l'un contre l'autre.
Dans une scène qui dévoile subrepticement leur proximité, chacun pose son chapeau noir sur une pierre à côté de lui.
Les corps se rapprochent puis se touchent dans un bain rituel, le mikvé, dans la réserve de la boucherie, sur le toit terrasse où Ezri dessine.
Haim Tabakman déclare "J'ai utilisé de longs plans séquences pour les scènes d'amour. Quand vous voyez à l'écran deux hommes orthodoxes avec leur barbe se toucher, il y a d'abord un sentiment étrange mais en prolongeant cette scène, vous pouvez sentir toute l'humanité et la beauté qui s'en dégage".
Mais la menace n'est jamais loin. D'une fenêtre, une voisine observe.
Des tracts anonymes dénonçant "une infamie" circulent dans le quartier.
Aaron délaisse de plus en plus sa famille et le réalisateur sait saisir le gouffre qui s'installe en une scène.
Aaron est rentré chez lui, tard, après être resté avec Ezri. Il est sur la gauche de l'image au premier plan. En arrière-plan, sa femme Rivka part dans leur chambre. Entre elle et lui, un mur et la porte de la chambre qui se ferme.
Aaron s'entête pourtant. Pourquoi ? lui demande le rabbin "J'ai besoin de lui. J'étais mort et je revis".
Le rejet croît. Des tracts, on passe aux pierres dont le réalisateur saisit le bruit sec brisant la vitre de la boucherie.
Les Juifs orthodoxes, qui n'ont en principe pas le droit de regarder des films, verront-ils Eyes wide open?
Haim Tabakman dit "J'espère", pour ceux qui vivent une double vie.
L’homosexualité reste rejetée même niée dans le Judaïsme traditionnel, notamment chez les orthodoxes, les hassidiques qui basent leur rejet sur une lecture littérale de la Torah.
Mais on voit aujourd’hui le Mouvement de Réforme, le judaïsme libéral et le Conservative Judaïsm, le mouvement Massorti avoir un regard d’ouverture.
Pourquoi l’Amour est il condamné alors qu’il est le principal commandement de la Torah?
Seigneur, ouvre les cœurs à la diversité de Ta création.
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16.01.2009
Sh’ma Israël
Aujourd’hui, je voudrai vous faire écouter ce chant, Sh’ma Israël chanté par Sarit Hadad.
En espérant que revienne la paix. En espérant que chacun reconnaisse le droit au peule juif de vivre en paix sur la terre d’Israël.
En espérant que chacun reconnaissance le droit du peuple palestinien de vivre en paix au sein d’un État indépendant.
En espérant que chacun des deux peuples reconnaissent l’autre et son droit à l’existence pacifique.
Kché halev boh'é
Rak Eloim chomea
Hakéév oléh' mitoh' hanechama
Adam nofel
Lifné ché hou chokéah'
Bitfila ktana h'oteh' et hadmama
Shma Israël Elohay
Ata hakol yah'ol
Natata li et h'ayay
Natata li hakol
Béénay dima
Halev boh'é béchékette
Ouh'ché halev choték
Hanéchama zoéékette
Shma Israël Elohay
Ah'chav ani lévad
H'azek oti Elohay
Asé ché lo éfral
Hakéév gadol
Vé ein lean livroah'
Asé ché hi gamel
Ki lo notah' bikoah'
Kché halév boh'é
Hazman omét miléh'ette
Haadam roé
Et kol h'ayav pitom
El halo nodam
Hou lo rotsé laléh'ette
LéHélohay koré hasafté or
Shma Israël Elohay
…
Écoutez le chant : http://fr.youtube.com/watch?v=7ipqXCdWmGg
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27.06.2008
La beauté
Aujourd’hui, je voudrai vous faire partager ces paroles du poète allemand, Friedrich Hölderlin dites par son héros Hypérion, dans lequel il s’est personnifié.
La beauté est, pour lui, la chose suprême, elle est éternellement une dans la variété infinie de ses apparitions; elle est tout à la fois divine et humaine.
A notre époque où seul compte la productivité, la consommation, la performance et l’argent, beaucoup peuvent méditer ces paroles.
Le premier enfant de la beauté humaine, de la beauté divine, c’est l’art. En lui l’homme divin se rajeunit et se renouvelle. L’homme veut avoir conscience de lui-même; alors il donne à sa propre beauté une existence en dehors de lui. C’est ainsi que l’homme a créé ses dieux. Car, dans l’origine, l’homme et ses dieux ne faisaient qu’un; l’éternelle beauté, inconnue à elle-même, existait seule. – Ce que je dis est un mystère, mais ce mystère est une réalité. – Le second enfant de la beauté est la religion. La religion est l’amour de la beauté. Le sage aime la beauté elle-même, la beauté infinie, et qui embrasse tout; le peuple aime les enfants de la beauté, les dieux, qui lui apparaissent sous des formes multiples. – Il en était ainsi chez les Athéniens. Sans cet amour de la beauté, sans cette religion, un État n’est qu’un squelette desséché, sans vie et sans âme, et toute pensée et toute action n’est qu’un arbre dont on a coupé la cime, une colonne dont on a abattu le faîte…
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13.05.2008
Parti rejoindre son amour
En France, Pascal Sevran est décédé vendredi 9 avril à 10h à l'hôpital de Limoges à l'âge de 62 ans, des suites d'un cancer du poumon.
Aujourd’hui mardi 13 mai, un hommage lui sera rendu à 10h30 en l'église Saint-Louis-en-L'Ile de Paris.
Les obsèques de Pascal Sevran seront célébrées, dans l'intimité familiale, mercredi 14 mai à 10h à Morterolles, dans le Limousin, là où il possédait sa propriété. Sa dernière volonté, d'être inhumé sous son vrai nom, Jean-Claude Jouhaud, sera respectée.
Né le 16 octobre 1945 d’un père chauffeur de taxi et d’une mère couturière, Pascal Sevran était un autodidacte.
Doté du seul certificat d’études, il rêve de devenir chanteur et fréquente le Petit conservatoire de Mireille. Il y rencontre le philosophe Emmanuel Berl, époux de Mireille et devient son secrétaire particulier.
Il commence à écrire des chansons, il en fera quelque 500 dont la magnifique "Il venait d’avoir 18 ans" pour Dalida, qui devient l’une de ses grandes amies. C’est dans la loge de la chanteuse qu’il rencontre en 1977 François Mitterrand, pas encore président de la République, avec lequel il entretiendra jusqu’au bout une amitié indéfectible.
A partir de 1984, Pascal Sevran présente "La Chance aux chansons" d'abord sur TF1 puis sur France 2, pendant 16 ans. Pascal Sevran savait nous y faire aimer cette chanson française éternelle et populaire qu’il aimait.
Fin 2000, France 2 décide d'arrêter l'émission. Après une absence de neuf mois, où il n'était pas sûr de revenir à l'antenne, la chaîne publique lui donne l'occasion de revenir avec "Chanter la vie". Le programme débute en septembre 2001. Il n'est pourtant plus le même homme, il parait désabusé.
En 2007, alors qu'il est déjà malade, France 2 suspend ses émissions "Chanter la vie" et "Entrée d'artistes", pour des raisons de santé.
Retiré dans sa maison, il s'est éteint, laissant derrière lui l'image d'un amoureux et d’un défenseur de la chanson française.
Il avait tout et pourtant l’essentiel de sa vie lui avait été enlevé.
Le drame de sa vie qui fait que je me sens très proche de lui, vivant la même chose depuis le départ de Stanislas en mai 2002, est pour lui en 1998 la mort de Stéphane, l’amour de sa vie.
Le 16 octobre 1998, Stéphane Chomont décédait d'une longue maladie à l'âge de 35 ans.
Pascal Sevran, son compagnon, restera inconsolable.
Passionné de littérature, Pascal Sevran était également auteur. Il avait reçu le Prix Roger Nimier en 1979 pour "Le passé supplémentaire" .
Il écrira un très émouvant roman, "La vie sans lui", dans lequel il raconte tout son amour pour ce garçon qui partageait sa vie depuis 16 ans.
Stéphane Chomont était une figure incontournable, chanteur et danseur de l'émission devenue culte "La Chance aux chansons".
De sa propriété de Morterolles, chaque année, de 2001 à 2007, Pascal Sevran écrira un journal intime. C'est avant tout pour Stéphane, que ces livres étaient écrits.
Son père, Jacques, disparaît en octobre 2002. Il l'enterrera au cimetière de Saint Pardoux, au côté de Stéphane, dans le caveau familial.
Pascal Sevran a toujours déclaré que l'amour de sa vie l'y attendait. Il a déjà rejoint son amour dans le ciel et le rejoindra demain dans le caveau familial.
D'ailleurs, dans son 8ème et dernier ouvrage, "La Mélancolie des fanfares", il écrivait "La vie sans lui ce n'est pas le titre d'un livre, c'est ma vie de tous les jours, de toutes les nuits".
Je comprends tellement ce qu’il dit là.
Seigneur, fais qu’il rejoigne son ami dans le bonheur éternel.
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14.04.2008
Ce petit geste d’amour
Aujourd’hui, je voudrai vous faire partager cet émouvant passage de De Profundis écrit par Oscar Wilde dans la Geôle de Reading, prison où il a passé deux ans de travaux forcés pour homosexualité.
Partout où se trouve la douleur, c'est terre sainte. Un jour, on comprendra ce que cela veut dire. On ne saura rien de la vie avant cela. M. et des natures comme la sienne peuvent le comprendre. Quand, entre deux agents de police, je fus amené de ma prison à la Cours des Banqueroutes, M. attendit dans le long corridor sinistre, afin de pouvoir, devant la foule qu'une action si douce et si simple réduisit au silence, me soulever gravement son chapeau, tandis que, les menottes aux mains et la tête baissée, je passais devant lui. Des hommes sont allés au ciel pour de plus petites choses que cela. C'est dans cet esprit et avec ce genre d'amour que les saints s'agenouillaient pour laver les pieds des pauvres ou s'inclinaient pour baiser le lépreux sur la joue. Je ne lui ai dit jamais un seul mot de ce qu'il fit là.
Je ne sais même pas en ce moment s'il se doute que j'ai pu soupçonner son geste. Ce n'est pas une chose sur laquelle on adresse des remerciements formels en paroles formelles. Je l'ai serrée dans le trésor de mon cœur. Je l'y garde comme une dette secrète que je suis heureux de penser que je ne pourrai jamais payer. Elle est embaumée et rafraîchie par la myrrhe et les aromates de maintes larmes. Quand la sagesse ne me fut d'aucun profit, quand la philosophie demeura stérile, quand les proverbes et les phrases de ceux qui cherchèrent à me consoler furent comme de la poussière et de la cendre dans ma bouche, le souvenir de ce petit geste d'amour, adorable et silencieux, a descellé pour moi tous les puits de la pitié. Il a fait fleurir 1e désert comme une rose, il m'a arraché à l'amertume solitaire de l'exil pour me mettre en harmonie avec le grand cœur blessé et brisé du monde.
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01.04.2008
Humour discriminatoire
En France, l'humoriste Frédéric Martin, fils de l'animateur de télévision Jacques Martin, a été condamné pour avoir injurié en raison de son handicap, le chanteur Grégory Lemarchal, au titre de la loi pénalisant les propos sexistes et homophobes ou liés à la santé et au handicap comme le sont déjà les propos racistes.
La 16e chambre correctionnelle de Lyon, qui a suivi les réquisitions du parquet, a en outre condamné mardi 25 mars, Frédéric Martin, au versement de 2.000 euros de dommages et intérêts et à la publication des termes de sa condamnation, qui devront être lus à la télévision.
En effet, le 26 septembre 2006, lors de l'émission "On a tout essayé" sur France 2, animée par Laurent Ruquier et consacrée à la Star Academy, l'humoriste avait désigné lors d'un sketch, le gagnant de la Star Academy 2004, Grégory Lemarchal, du nom de la maladie dont il souffrait, la mucoviscidose.
Lors de l’émission Frédéric Martin avait déclaré "Y en a eu des gagnants (à la Star Academy) : Jenifer, Nolwenn, Elodie Fréger, mucoviscidose et l'amicale Magali!"
Une plainte avait été déposée par Grégory Lemarchal, le 23 novembre 2006, pour "injure en raison d'un handicap".
Sa famille, originaire de la région de Chambéry et présente à l'audience, avait poursuivie l'action en justice après la mort de Grégory, le 30 avril 2007.
L'article 33 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, modifiée en décembre 2004, prévoit jusqu'à 6 mois d'emprisonnement et 22.500 euros d'amende pour injure en raison d'un handicap, mais aussi de la santé, du sexe ou de l'orientation sexuelle.
Maître Hervé Banbanaste, avocat de la famille Lemarchal, confirmant une information parue jeudi 27 mars dans Le Progrès de Lyon, a déclaré "Nous sommes satisfaits de cette condamnation. Notre objectif n'était pas d'obtenir des dommages et intérêts mais de faire appliquer la loi quand un individu est réduit à sa pathologie".
Alain Piriou, porte parole de l’Inter LGBT commente cette décision en estimant que "justice a été rendue".
Il déclare "Traditionnellement, les juges, à raison, n'aiment pas condamner des humoristes, car la satire est indispensable à la liberté d'expression. Frédéric Martin, que je ne connaissais pas avant cette affaire, n'est cependant ni Coluche ni Desproges : son propos n'était pas drôle, il n'était que méchant et, surtout, discriminatoire".
Cette condamnation n’est que justice.
Je souhaite à Frédéric Martin de ne jamais avoir une maladie grave et d’être appelé par les autres du nom de sa maladie, comme s’il n’était plus que cela et non un être humain.
Ses propos montrent son insensibilité et son irrespect de la personne humaine et de la souffrance.
A-t-il un jour parlé avec Grégory qui s’est battu jusqu’au bout contre la maladie avec courage et n’a cessé d’aider les autres malades souffrant de la mucoviscidose?
Seigneur, pardonne à la bêtise.
00:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Musique


































