09.01.2008
Dérive religieuse
En France, le Président de la République, Nicolas Sarkozy vient de nommer le frère Bruno Cadoré, prieur des Dominicains de France, au Conseil national du sida, selon un décret paru vendredi 4 janvier, au Journal officiel.
Bruno Cadoré, 53 ans, est médecin et professeur d'éthique biomédicale à l'université catholique de Lille.
Le Conseil national du sida, qui compte 24 membres, a été créé en 1989 pour donner des avis sur les problèmes posés à la société par la maladie.
Il peut être saisi par les autorités de l'État ou s'auto-saisir.
Il est présidé depuis 2003 par le professeur Willy Rozenbaum et publie tous les deux ou trois ans des rapports sur le thème "Éthique, sida et société".
Espérons que cet ecclésiastique ne va pas promouvoir les idées rétrogrades du pape Benoît XVI et du Vatican en matière de prévention contre le sida et de politique de soins.
En tout cas cette nomination est une provocation quand on sait la politique irresponsable du Vatican qui fait tout pour empêcher la diffusion du préservatif, seule protection utile contre le sida, alors que des millions de personnes meurent de la maladie en Afrique et dans le monde.
Encore une fois Nicolas Sarkozy nomme un religieux à une fonction importante au sein de la République française laïque, semblant avoir totalement oublié ce qu’est la laïcité et donnant de plus en plus de signes d’une volonté de revenir sur la séparation de l’Église et de l’État.
L’on sait la vision de ce que Nicolas Sarkozy appelle la "laïcité positive", depuis son voyage au Vatican pour recevoir le titre de "chanoine honoraire" de la Basilique Saint Jean de Latran, le 20 décembre 2007.
François Bayrou, le président du Modem, catholique pratiquant, dénonce la dérive religieuse que Nicolas Sarkozy entend donner à la République.
Il a déclaré dans une interview accordé au Figaro le 26 décembre 2007, que le concept de "laïcité positive" avancé par Nicolas Sarkozy "remet en cause la conception de la laïcité républicaine" et favorise un retour à la religion "opium du peuple" dénoncée par Karl Marx.
Il ajoute "Quand on a besoin d’un adjectif, c’est qu’on veut changer le sens du mot. Il y a dans le discours prononcé à Saint-Jean-de-Latran quelque chose de profond, passé à peu près inaperçu, une remise en cause de la conception de la laïcité républicaine autour de laquelle, depuis la Libération, la France s’est construite".
François Bayrou poursuit "C’est le retour, qu’on croyait impossible en France, du mélange des genres entre l’État et la religion. Ce mélange des genres n’a jamais produit de bons fruits, je le dis comme citoyen, et je le dis aussi comme chrétien de conviction".
Il continue en disant "Cette conception sociologique de la religion, fournissant "l’espérance" qui fait que les peuples se tiennent tranquilles et respectent les règles établies, on croyait qu’elle était loin derrière nous ! Ce n’est pas autre chose que "l’opium du peuple" que dénonçait Marx".
Il estime qu’il s’agit là d’un "leitmotiv chez Nicolas Sarkozy, notamment quand il a parlé des bienfaits de la présence de l’islam pour pacifier les banlieues".
François Bayrou conclut "L’aspiration spirituelle est un mouvement précieux de l’être humain. Sur ce point, je suis d’accord avec Nicolas Sarkozy. La société doit la respecter. Mais lorsqu’on suggère que la morale républicaine doit se fonder dans les religions, on change d’approche".
Il relève par ailleurs le "paradoxe troublant que celui d’un pouvoir qui affiche chaque fois qu’il le peut sa complaisance avec le matérialisme financier et, en même temps, souhaite faire de la religion une autorité dans l’espace public".
Nicolas Sarkozy veut faire de la religion un pouvoir politique au sein de la République, à l’instar de ce que désire l’institution catholique romaine.
La foi doit rester une affaire privée et Nicolas Sarkozy semble oublier qu’il est le Président de tous les français de toutes les convictions religieuses et même de ceux qui sont non croyants.
Seigneur, protège la diversité et le respect de toutes les convictions.
00:05 Publié dans Actualités religieuses et/ou gay | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Chrétiens inclusifs




































Commentaires
Personnellement, je ne pense pas que la religion doit seulement rester une affaire privée. En tant que chrétiens, nous devons tendre à améliorer notre société et à veiller à ce que les valeurs chrétiennes soient prises en compte, y compris en passant par des moyens politiques. Je trouve que c'est une bonne chose qu'un chrétien dominicain fasse partie de ce Conseil national du sida, bien qu'il ne représente pas l'Église à lui tout seul. Et bien sûr, nous devons être vigilants. Mais je ne crois pas qu'on puisse de réjouir de l'absence de visibilité des chrétiens dans les différentes instances politiques.
Ecrit par : Jean-Marc | 09.01.2008
Cher Jean-Marc,
Merci de ton commentaire.
Améliorer notre société en faisant en sorte que les valeurs chrétiennes qui sont d’ailleurs aussi les valeurs humanistes, soient prises en compte est une bonne chose. Ce que je déplore est la mise en avant d’une religion et d’une foi particulière.
La République est laïque et toutes les convictions religieuses ou non religieuses doivent être à égalité. A ce moment là, les autres religions devraient aussi être représentées au Conseil national du sida. Y a-t-il des Protestants, des Juifs, des musulmans, des bouddhistes… à ce Conseil?
Il y a actuellement une dérive cléricale chrétienne de Nicolas Sarkozy qui par la mise en avant d’une conviction religieuse, la catholique, va favoriser le communautarisme.
La République doit mettre en avant les valeurs qui réunissent les citoyens quelles que puissent être leur conviction religieuse ou leur non-conviction religieuse et cela à égalité.
Les valeurs humanistes ne sont pas la propriété des chrétiens, des catholiques, mais sont partagées par toutes les religions et par des non croyants, et ce sont ces valeurs universelles que la République doit mettre en avant, sans que derrière il y ait référence et allégeance à une institution religieuse.
A très bientôt.
Fraternellement
Christian
Ecrit par : Dieu nous aime... chrétiens et gay | 09.01.2008
Est ce parce qu'on est religieux qu'on doit être écarté de toute responsabilité, comme c'est le cas des chrétiens de Turquie?
La laïcité a certes été affirmé par Jésus lui même (rendrez à César etc...) mais interdire à des personnes dont la foi est visible serait un excès identique à ceux que nous dénonçons.
Je rejoins Jean-Marc sur la visibilité. Ne nous voilons pas la face: la plupart des laïcards, sous cette soit disant neutralité qui est en fait une atteinte à la liberté d'expression de vivre sa foi en conformité avec la République, n'ont pas d'autre souhait que la disparition des religions. Si on a une lampe, elle est faite pour être montrée, pas cacher sous le boisseau.
Quant aux dominicains, je crois qu'on peut leur rendre hommage dans le respect et l'accueil de l'autre. Quant à François BAYROU, depuis l'histoire des drapeaux en berne pour la mort du pape, je ne voterai plus pour lui.
Ecrit par : Benoît | 09.01.2008
Cher Benoît,
Ce à quoi je m’oppose n’est pas la visibilité des religions mais la mise en avant d’une seule. Que le prieur des Dominicains, le frère Bruno Cadoré soit au Conseil national du sida ne me choque pas s’il est là en temps que personne avec ses positions propres et non là pour faire passer les positions de l’Église catholique romaine.
Ce que je remarque est simplement que Nicolas Sarkozy veut faire rentrer des idées religieuses et seulement chrétiennes et catholiques dans la politique de la République. Que doivent en penser ceux qui ont une autre religion?
La République est laïque et doit le rester.
Je sais que tu n’es pas républicain.
Mais la laïcité républicaine n’est pas un rejet des religions mais un refus de mettre une religion particulière en avant par rapport aux autres et même par rapport à ceux qui ne sont pas croyants.
Nous pouvons être visibles individuellement, dans nos vies, en temps que chrétiens, comme chacun peut l’être avec sa propre foi mais la République est là pour tous, quelles que soient nos convictions et ne doit en favoriser aucune.
Aujourd’hui il y a une dérive dangereuse de modification de cet équilibre par la mise en avant de la foi catholique par le Président de tous les français, Nicolas Sarkozy.
La position de François Bayrou me parait très saine et respectueuse de chacun.
A bientôt.
Amitié fraternelle
Christian
Ecrit par : Dieu nous aime... chrétiens et gay | 10.01.2008
On ne peut pas dire que notre président ne mette en avant que le christianisme. C'est quand même lui qui a mis en place le Conseil Français du Culte Musulman. Il est par ailleurs favorable au financement public des mosquées (ce à quoi je suis opposé).
Enfin, je ne suis pas choqué que le christianisme soit privilégié. Pour moi, toutes les religions ne se valent pas.
Ecrit par : Jean-Marc | 10.01.2008
Cher Jean-Marc,
Merci de ton commentaire.
La mise en place du Conseil Français du Culte Musulman par Nicolas Sarkozy n’a jamais eu pour un but d’égalité des religions mais a un but purement politique de vouloir contrôler les musulmans, entre autre les plus intégristes.
Ses dernières déclarations et actes montrent qu’il se réclame du catholicisme et de lui seul, et ce qui me parait grave, pas en temps que personne mais en temps que Président de la République française, c'est-à-dire de tous les français.
Quant à la valeur du christianisme par rapport aux autres religions, voilà en effet une grande différence entre nous. Pour moi ce qui est important n’est pas la dénomination d’une religion mais les idées qu’elle véhicule.
En disant que les religions ne se valent pas, on croit toujours que la sienne est supérieure. C’est cela qui mène à l’intégrisme. Et pire encore c’est cela qui a mené et qui mène encore à la violence pour imposer ce que les fidèles de ces religions pensent être la volonté de Dieu.
Moi je pense que ce sont toutes les idées religieuses qui ne se valent pas. Et malheureusement, les mauvaises idées sont partagées par toutes les religions en temps qu’institutions, même le christianisme.
On le constate quand on lit, on entend certaines déclarations ou on voit certaines actions de l’Église catholique romaine, de certains groupes de protestants évangéliques…
Et les idées les plus importantes pour être vraiment enfants de Dieu, que sont l’Amour, la compassion, le don, l’humilité… sont aussi partagées par des religions non chrétiennes.
Plutôt que de toujours voir ce qui nous sépare, ne pourrions-nous pas plutôt voir ce qui nous unit?
A très bientôt.
Fraternellement
Christian
Ecrit par : Dieu nous aime... chrétiens et gay | 11.01.2008
je rejoins et complète de nouveau Jean-Marc, en te remerianct de nous avoir répondu.
En effet, il faut distinguer les ^personnes des religions.
Je respecte mon frère quelque soit sa religion. Je respecte ses croyances ou son agnosticisme. Mais si les hommes se valent, pour le chrétien que je suis, toutes les religions ne se valent pas! Et si je prétends aimer mon prochain, je ne dois avoir de désir plus fort que lui faire conaître qu'il est aimé de Dieu et sauvé par Jésus le Christ notre Seigneur!
Ecrit par : Benoît | 17.01.2008
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