06.01.2008
Pour le monde entier
L’Évangile de ce dimanche de la Fête de l’Épiphanie du Seigneur est l’épisode de la fuite en Égypte et du retour à Nazareth (Matthieu 2, 1-12).
De la naissance du Christ, Matthieu ne dit que "Jésus était né à Bethléem au temps du roi Hérode le Grand". En fait Matthieu s’intéresse moins au comment de cette naissance qu’à la signification de ce fait extraordinaire
D’abord, Matthieu parle de deux rois, le roi Hérode et le roi des Juifs qui vient de naître. Les Juifs, qui détestaient le premier, ont dû rire, Hérode, méfiant, ombrageux, a lui eu tout de suite peur pour son pouvoir qu’il sait fragile.
Il convoque d’ailleurs les mages en secret "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi". Il veut sans aucun doute, on le verra, supprimer le concurrent possible.
Chez Matthieu, le terme de roi est présent partout dans tout son Évangile. Son Évangile finira par le meurtre de celui que Juifs et soldats païens conspueront comme le roi "Salut, roi des Juifs !... Si tu es le roi d’Israël, descends de la croix" (Matthieu 27,29.42).
Mais que veulent dire ces mages, peut être prêtres astrologues, de l’Orient?
Ils sont une réponse aux Juifs convertis qui sont les destinataires de son Évangile et qui se demandaient pourquoi si peu de leurs coreligionnaires avaient suivi le Christ.
Le salut ne devait-il pas venir d’Israël ? Bien sûr, et les mages arrivent chez les chefs des prêtres et les scribes qui leur montreront le chemin, en citant le prophète Michée, "C’est de Bethléem que sortira un chef qui sera le berger d’Israël mon peuple" (Michée 5,1).
Jésus est désigné comme le Messie, le successeur du roi David, lui-même berger et natif de Bethléem.
Mais les chefs des prêtres et les scribes, qui savent si bien citer les textes, ne se dérangent pas. Tout Jérusalem, qui pourtant devrait se réjouir, est pris d’inquiétude. Le prologue de Jean le dira "Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu" (Jean 1,11).
Alors que cette étoile devrait les faire frissonner de joie.
N’est-ce pas l’étoile messianique annoncée, pour comble d’humour, par un voyant païen, Balaam, "Un astre sort de Jacob" (Nombres 24,17)?
N’est-ce pas cette grande lumière que, dans ses cris d’allégresse, Isaïe avait si souvent prédit, et qui se lèverait à l’Orient?
Et ils ne bougent pas.
Tandis que ces païens, sur les maigres données d’une étoile qui est le signe d’un Dieu, chez les anciens, se dérangent.
Et ils viennent de loin.
Ils entrent dans la maison qui n’est plus l’étable de la naissance et se prosternent en signe d’hommage et d’adoration, ils offrent des présents, signes de ce qu’ils voient en Jésus, le roi auquel ils offrent l’or, le prêtre auquel ils présentent l’encens, le sauveur qui va mourir auquel ils tendent la myrrhe.
Trois présents d’où la tradition conclura que les mages étaient au nombre de trois.
Les païens ont mieux vu qu’Israël. Israël n’est pas rejeté, mais n’est plus le centre. Et les mages ne resteront pas à Bethléem, ils éviteront même de retourner à Jérusalem, "Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin".
Désormais le monde entier, et non plus la seule Judée, sera la demeure de Dieu.
Tout homme est appelé, "A ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jean 1,12).
Ce texte mêle la joie et la tristesse. La joie de voir le roi annoncé et reconnu, Jésus qui règne pour les siècles des siècles, la tristesse de constater que tant de chrétiens l’oublient et ne se dérangent pas plus que les scribes et les habitants de Jérusalem.
C’est un avertissement à être humble, disponible, à interpréter, comme les mages, les signes de Dieu.
C’est une invitation à respecter les valeurs des religions non chrétiennes dont les mages sont la représentation.
C’est un appel à dire aux autres où ils peuvent trouver notre Seigneur.
00:05 Publié dans Prières et méditations | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Chrétiens inclusifs



































Commentaires
Respecter les valeurs des autres religions, représentées par les Mages? Hmm... Je préfère une autre interprétation. L'Église byzantine chante dans le tropaire: «À sa clarté, les savants adorateurs des astres, d'un astre ont appris à t'adorer, Soleil de justice, te découvrant comme l'Orient venu d'en haut.» En d'autres termes, les religions païennes ont été des guides pour les païens, pour les guider vers le Christ. Dorénavant, ayant trouvé le Christ, les païens doivent adorer Dieu.
Néanmoins, je comprends tout à fait que des convertis gardent des éléments culturels spécifiques, associés au Christ. (C'est pour cela qu'il y a la diversité des rites chrétiens.)
Ecrit par : Georges | 06.01.2008
Cher Georges,
Merci de ton commentaire.
Ton approche me parait réductrice. Pour toi, les religions non chrétiennes ne sont elles pas respectables?
On peut aussi vivre les valeurs évangéliques à travers d’autres religions qui pour moi doivent être respectés comme preuves de la diversité humaine.
Toutes les religions tendent vers le même but, élever l’homme vers l’Amour infini de Dieu à travers l’Amour de notre prochain.
Je n’aime pas l’uniformité, j’aime la diversité et l’important n’est pas que la Terre entière devienne chrétienne en temps qu’institution et adhère au catholicisme romain mais simplement que ce que nous a enseigné Jésus soit vécu dans le cœur et la vie de chacun. Pour moi, il y a des personnes qui vivent d’autres religions qui sont plus évangéliquement chrétiennes que certains chrétiens catholiques ou autres (disant cela, je sais que je vais en choquer certains).
Pour moi, être un vrai chrétien est plus vivre les valeurs évangéliques que d’adhérer à des dogmes.
Pour moi, l’Amour qui nous est demandé par Dieu peut prendre des formes très diverses.
C’est vouloir croire que sa propre religion est la voie unique du salut qui a créé et crée encore aujourd’hui l’intolérance et la haine.
Je suis choqué quand le pape Benoît XVI refuse de recevoir le Dalaï Lama et refuse tout dialogue inter religieux.
Notre rôle en temps que chrétiens n’est pas de faire changer les autres de religion mais que ces personnes reconnaissent, partagent et vivent les valeurs d’Amour enseignés par notre Seigneur.
A très bientôt
Fraternellement
Christian
Ecrit par : Dieu nous aime... chrétiens et gay | 06.01.2008
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